Rubrique humeur : une séance au 22 Hunter

Par Jidé le 20 oct 2012


… Une histoire de poil de grenouille et de pulpe vivante !





Désolé, le titre de l’article “22 Hunter” est trompeur ! En fait la cible que vous voyez cible a toute une histoire, mais pas grand-chose à voir avec une certaine discipline du même nom…
Le 22 Hunter se tire en carabine, calibre .22LR avec la possibilité de se poser, assis, d’utiliser une lunette, un appui avant et arrière, enfin tout pour ne jamais manquer sa cible.
Le visuel est assez gros puisqu’un euro couvre la zone du dix au sept.

Tout ça ferait dire à un pistolier inculte (comme moi il y a deux ans) : “Pas de quoi rater un éléphant dans un couloir ! Ah, c’est cool, la carabine !”
Eh bien, non, ça n’est pas tout à fait ça…

Tout d’abord, c’était la dernière sortie de ma toute première carabine 22; ma “belle blonde”, ma chère TOZ-78 revendue, elle me quittera dans peu de temps…
(Pourquoi revendre, pour une poignée de roubles, sa blonde préférée ? Parce que je n’ai pas la place d’être collectionneur ni, donc, sentimental…)



C’est aussi l’arrivée d’une lunette Leupold nouvelle (pas présente sur la photo ci-dessus), un “p’tit zoom” (4-12×40) soit dit en passant à côté des 24x et des 32x de mes Sutter et Walther…

Un diadème de diamants offert à Cendrillon pour les adieux…



La lunette a été grossièrement pré-réglée à 25 mètres, avant-hier, aussi le tir n° 1 n’est-il pas trop mauvais. (Zoom au maxi, 12x.)
Exagération des clics de réglage vers le haut et la droite… qui nous amène à l’autre extrémité (tir n° 2). Alors on se calme et on fait le n° 3 sans toucher à rien. O.K., groupement confirmé.
Quelques clics encore (beaucoup moins) et on arrive au n° 4, mais la fatigue commence à régner et on pense beaucoup plus aux clics qu’aux lâchers.

Donc, quelques pas sur le stand, grandes respirations (“hyperventilation”) et c’est le n° 5. Les vrais ennuis commencent : car un zoom 12x (en tout cas quand c’est du Leupold) permet de voir ce qu’on a tiré, l’endroit des impacts — ce qui est une horreur psychologique.
Car les quatre premières balles du n° 5 sont quatre dix (aux réglages près), je les vois, et du coup je foire mon cinquième coup !
Pu†ain, à 64 balais, je me fais encore avoir par l’émotion comme un gamin ! Grrrrrr…


Je (et d’autres, heureusement, car ça me rassure) je ne veux pas faire de 50, dirait-on ; la cinquième est toujours pourrie ! 4 dix sur 4 coups, c’est de la routine ; 5 dix sur 5 c’est un miracle…



Bon, on est chaud, donc changement de cartouches, du bas de gamme pas cher au presque haut…
Je choisis les blasons d’essai (il y en a une dizaine autour des “vraies” cibles).
Pas de grosse remise en question du réglage de la lunette, avec ces autres munitions : elles sont du même fabricant et ce sont sûrement les mêmes, mais triées spécialement pour la mise en boîtes de la gamme chère…



Encore un truc curieux : quand on tire cinq balles dans une cible (pour gagner trois sous de carton !), les résultats sont moins bons que quand on tire “un par un”… Pourquoi ?
Un genre de “respect” pour ce qu’on va faire ? Un changement de qualité de lâcher parce qu’on va tirer plus cher ? Un regain de qualité de tir parce qu’on est passé de l’entraînement (5 coups) au vrai tir (1 coup) ? Pluss de temps consacré à chaque balle ? Va savoir…

Du coup, notez bien : grâce au beau n° 1, je fais un meilleur n° 2, ce qui me pousse au dix et puis au onze (au onze, car dans le 22 Hunter la mouche* touchée, même cordon*, compte un point de plus !)…
Je suis à fond dans mon tir ; respiration entrenue au quart de poil ; et surtout effort de détente rêvé.

En fait, cette bonne vieille TOZ a une détente qui — dirait-on dans un jugement hâtif de premier jour — qui gratte. Mais non : elle gratterait si on entendait et sentait au doigt des “cric crac cric” anarchiques — là non : la détente semble en fait posséder quatre bossettes (quatre “cric”) mais absolument réguliers, mesurés, toujours là, fiables.
Je peux donc appuyer doucement, passer les deux premiers “cric”, fixer la respiration, chercher au 100 de millimètre le 3 “repère sono-digital”, et là fixer la visée, et pan.

Tout allait bien pour moi jusqu’à la cinquième qui s’est carrément retrouvée hors cible ! La salope a été recouverte d’un autocollant noir et, de mauvaise foi, j’en ai tiré une 6, un sept pas terrible…

J’avais entendu parler de ce phénomène (doigt + détente ; et tension psychologique sur la dernière balle) à plusieurs reprises :

La première fois dans un article sur le T.L.D.*, l’expert parlait d’enfoncer la détente jusqu’à “un poil de grenouille” (ces mots m’avaient marqué) du lâcher et de rester comme ça jusqu’à ce que le tir soit décidé (réticule parfait en cible).

Un autre article, dans le défunt magazine papier Guns & Calibres, et sous la plume de l’excellent Frédéric Botbol (tireur, arbitre, rédac chef et chroniqueur de Tireurs.fr et qui organise en pluss des baptêmes du feu” qui ont un grand succès) (initiations)… Fred, donc, enseignait, d’abord, à respirer (théorie complète de l’hyperventilation)… puis à enfoncer la détente.

À quoi penser quand on va tirer ? Chaque champion a sa recette pour se détendre (Dumoulin pense aux vacances, à sa petite fille, à un lac…) pour éviter de trop penser à tirer, de trop “gamberger” — que ce soit d’ailleurs après un mauvais huit (pensée négative : “ma série est fichue ! le match est foutu ! je suis mort !”) ou après un beau dix (pensées enivrantes… “mais je ne pourrai jamais faire ça deux fois !” )

Fred Botbol a un truc : il se déplace par la pensée… dans son index ; il “devient” la première phalange de son doigt ; il se glisse tout entier dans le derme, la “pulpe” de l’index… De là, la meilleure place, il ressent chaque millième de millimètre de l’action, il ressent l’action au micron de chaque ressort, de chaque levier, et il connaît toutes ces réactions par coeur… Facile donc de les réitérer à chaque tir, et surtout bonne façon de s’empêcher… de penser.



Dernière série de la journée. Je suis gonflé à bloc.
Hyperventilation. Les deux premières “bossettes-grincements”…
Prise de visée en posant le réticule sur une zone vierge de la cible (seul endroit où il paraît totalement parfait ; partout ailleurs il menace de se dédoubler, à cause de la persistence rétinienne) et en accommodant l’oeil sur le réticule bien net (comme on le fait pour un guidon de pistolet).
3 bossette. On cesse de respirer, on place le réticule au centre, l’index cherche le 4 “crac”, et il sait très bien où il est, à quelle profondeur.
Pan. Zut, un huit.
Puis un dix, un neuf, encore un dix.
Et la dernière arrive…

Cette fois, la salope, je ne vais pas la laisser faire. Je décide que j’ai tout mon temps (on a tout son temps au tir à la cible, vingt minutes pour 25 trous).
Je “révise” : souffle, doigt, détente, réticule, je “pars” dans mon index, les quatre bossettes… Pan. Neuf… 46/50, l’honneur est sauf.

Un mot inconnu, suivi d’un astérisque* : c’est qu’il est défini dans le dictionnaire de Jidenet !


Ouf, crevé, pliage des nombreux bagages (cric), retour… C’était “une journée au 22 Hunter” !

Amicalement, Doc Jidé


1 réponse

Dur-dur, le 22 Hunter, hein !

J’ai remarqué le même phénomène que toi ; cependant, même a 50 m je fais 10 trous dans 10 cercles de 1 cm de diamètre sans trop de problèmes (concentré et posé), alors que sur une cible mon groupement ne tiendra pas « le centimètre », c’est c°n quand on y pense non ?

En superposant mes dix trous différents je suis presque « trou sur trou » ; sur ma cible à 10 tirs, je vais avoir un « trèfle » de 7 trous, et trois échappées viendront bousiller le groupement…

Ðoc Jidé : Hello Hithesun !

Toi, carabinier émérite, tu confirmes mon impression : même dans les meilleures conditions (posé, lunette et tout et tout), le tir reste un art aléatoire !!!

Mais, bon, on aime ça quand même !!!

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